Est-il préférable d’avoir une maison payée à la retraite ?
C’est une question qui revient souvent lorsqu’on approche de la retraite :
doit-on rembourser complètement son hypothèque avant de quitter le travail, ou conserver une petite dette pour se concentrer sur l’épargne ?
Autrement dit : vaut-il mieux être propriétaire sans dette, mais sans liquidités, ou conserver une hypothèque raisonnable tout en bâtissant un bon coussin financier pour vivre confortablement ?
Il n’y a pas de réponse universelle. Mais ce choix peut influencer profondément ta qualité de vie à la retraite. Car derrière cette question, ce sont deux visions bien différentes de la sécurité financière qui s’affrontent.
- La maison payée… mais le frigo vide
Pour bien des Québécois, rembourser leur maison avant la retraite est un objectif de vie. Et on comprend pourquoi : plus de paiements, plus de stress lié aux taux d’intérêt, et la satisfaction d’être enfin “chez soi” sans condition. Cette stabilité procure une réelle paix d’esprit.
Mais attention : cette tranquillité peut cacher un déséquilibre. Bien souvent, le remboursement accéléré de l’hypothèque se fait au détriment de l’épargne. Résultat : la maison est payée, mais les comptes REER et CELI sont presque vides.
Ce qu’on appelle le syndrome du retraité “riche en briques, pauvre en banque”. Le toit est à toi… mais il devient difficile de voyager, de gérer un imprévu, ou même de couvrir toutes les dépenses avec un simple revenu gouvernemental. Pour retrouver de la liquidité, il faut alors penser à des options comme le refinancement, la marge hypothécaire ou un prêt viager des solutions valides, mais souvent utilisées par nécessité plutôt que par choix.
- Une retraite dorée… avec une hypothèque raisonnable
D’autres adoptent une stratégie différente : ils gardent une partie de leur hypothèque à la retraite, mais investissent activement dans leur REER, CELI ou autres placements pendant leurs années actives. Leur objectif est d’arriver à la retraite avec un portefeuille suffisamment solide pour couvrir les paiements, les projets, et les imprévus.
Cette approche permet :
- D’avoir un revenu disponible plus élevé à la retraite
- De garder un coussin de liquidité
- Et de maintenir la flexibilité pour adapter ses retraits selon les besoins
Bien sûr, cela demande une certaine discipline. Il faut savoir gérer son budget et composer avec un paiement fixe en retraite. Mais tant que les rendements de tes placements sont supérieurs au taux de ton hypothèque (ex. : rendement de 6 % vs taux hypo de 4 %), cette stratégie peut te faire gagner plus que tu ne paies en intérêt.
Exemple comparatif : deux retraites bien différentes, même point de départ
Luc, 61 ans, habite Longueuil.
- Il lui reste 55 000 $ sur son hypothèque à 4 % (9 ans restants)
- Son CELI contient 70 000 $, investi dans un portefeuille équilibré (rendement estimé : 5,5 %)
- Il prévoit prendre sa retraite à 63 ans
Comme plusieurs, il hésite :
– Doit-il utiliser son CELI pour rembourser sa maison maintenant et vivre sans dette à la retraite?
– Ou conserver son CELI et continuer à faire ses paiements hypothécaires ?
Voici deux trajectoires possibles.
Option A : Il rembourse son hypothèque avec son CELI
Luc décide de retirer 55 000 $ de son CELI pour rembourser son prêt hypothécaire.
Ce choix lui permet :
- D’éliminer ses paiements mensuels de 600 $
- D’économiser plus de 10 500 $ en intérêts sur les 9 prochaines années
- De réduire considérablement son budget de retraite, dès sa première année
Mais en contrepartie :
- Son CELI tombe à 15 000 $
- Il perd le potentiel de croissance de ses placements
- Il n’a plus de coussin pour faire face aux imprévus
À 70 ans, Luc a une maison payée, peu de stress mensuel, mais un patrimoine financier modeste. Il vit confortablement, mais doit rester prudent. Il est plus à l’abri psychologiquement… mais moins outillé financièrement en cas de besoin.
Option B : Conserver son hypothèque et son CELI
Luc continue de payer 600 $/mois sur son prêt, tout en laissant son CELI croître.
Grâce au rendement annuel de 5,5 %, son CELI de 70 000 $ pourrait croître jusqu’à :
- 90 000 $ dans 4 ans (à la retraite)
- 120 000 $ à 70 ans
Pendant ce temps, il paie environ 2 200–2 300 $ d’intérêt par année, ce qui reste inférieur aux rendements générés.
Ce choix lui offre :
- Un coussin de liquidité croissant
- La capacité de retirer des montants selon ses besoins
- Une option de rembourser sa maison plus tard, s’il le désire
À 70 ans, Luc a encore quelques paiements d’hypothèque, mais il possède aussi un portefeuille bien garni, qui lui offre des revenus de retraite souples, une meilleure protection contre l’inflation… et plus de liberté pour voyager ou aider ses proches.
Réflexion stratégique : et si la vraie réponse, c’était l’équilibre ?
Dans bien des cas, la meilleure solution se trouve entre les deux extrêmes. Il n’est pas toujours nécessaire de tout rembourser ni de tout investir.
Voici quelques repères utiles :
- Taux hypothécaire bas (ex. < 5 %) ➝ Priorise l’épargne (REER, CELI)
- À moins de 5 ans de la retraite ➝ Envisage d’accélérer le remboursement seulement si ton épargne est suffisante
- À plus de 10 ans de la retraite ➝ Maximiser ton REER et ton CELI est généralement plus payant
Mieux vaut arriver à la retraite avec une petite hypothèque et beaucoup de flexibilité, que sans dette… mais sans argent. Une maison ne paiera pas ton épicerie, tes soins, ni tes projets de vie.
Conclusion : sécurité ou liberté… ou les deux ?
Une retraite réussie, ce n’est pas une maison payée ou un CELI plein. C’est une retraite qui te permet de vivre sans stress, sans contrainte, et avec des options.
La bonne stratégie n’est pas la même pour tout le monde. Ce qui compte, c’est d’avoir un plan adapté à ta réalité, ton horizon, ton niveau de confort et surtout, à la vie que tu veux vraiment mener.
Nous accompagnons nos clients dans leurs décisions importantes, en considérant toute leur situation financière. Bien planifier, c’est bien vivre.
Sources :