Gestion active ou passive : comment choisir la stratégie adaptée à votre profil?

Auteur : Pascal Dion
Temps de lecture : 5 min

Faut-il tenter de battre le marché ou simplement le suivre à moindre coût? La réponse dépend moins d’un duel entre deux camps que de vos objectifs, de votre tolérance au risque, de votre horizon de placement et de l’accompagnement recherché. Voici les repères essentiels pour faire un choix éclairé.

 

Gestion active et gestion passive : deux façons d’investir

Les investisseurs souhaitent naturellement obtenir le meilleur rendement possible. Pourtant, surpasser un indice boursier de façon constante demeure difficile. La question n’est donc pas seulement de savoir quelle approche a obtenu les meilleurs résultats récemment, mais plutôt laquelle convient à votre situation financière et à votre comportement d’investisseur.

La gestion active et la gestion passive poursuivent toutes deux un objectif semblable : faire croître un portefeuille en fonction d’un niveau de risque donné. Elles se distinguent surtout par la méthode utilisée, les coûts, le degré d’intervention humaine et les résultats auxquels l’investisseur peut raisonnablement s’attendre.

 

Qu’est-ce que la gestion active?

La gestion active repose sur les décisions d’un gestionnaire ou d’une équipe de placement. Ces professionnels analysent l’économie, les secteurs d’activité et les entreprises afin de sélectionner des titres qui, selon eux, offrent un potentiel intéressant. Ils peuvent aussi réduire ou augmenter certaines positions au fil de l’évolution des marchés.

L’objectif est généralement de surpasser un indice de référence, comme le S&P 500 pour les grandes sociétés américaines ou l’indice composé S&P/TSX pour le marché canadien. Pour y arriver, le gestionnaire peut privilégier certaines entreprises, éviter des secteurs jugés vulnérables ou conserver temporairement davantage de liquidités.

Cette liberté constitue le principal attrait de la gestion active. Elle permet d’adapter le portefeuille lorsque les conditions changent et d’exploiter des occasions qui ne sont pas nécessairement reflétées dans un indice. Toutefois, le résultat dépend de la qualité des décisions prises. Une bonne performance passée ne garantit jamais que le gestionnaire fera mieux que son indice dans l’avenir.

 

Qu’est-ce que la gestion passive?

La gestion passive, aussi appelée gestion indicielle, vise plutôt à reproduire le rendement d’un indice de référence. Au lieu de choisir quelques titres dans l’espoir de battre le marché, un fonds indiciel ou un fonds négocié en Bourse, couramment appelé FNB, détient généralement les titres de l’indice selon une méthode prédéterminée.

Comme les interventions et les transactions sont habituellement moins nombreuses, les frais de gestion tendent à être plus faibles. Le rendement recherché correspond à celui de l’indice, auquel sont retranchés les frais du produit et certains écarts de suivi.

La gestion passive ne signifie toutefois pas qu’aucune décision n’est nécessaire. Il faut encore déterminer la répartition entre les actions et les titres à revenu fixe, choisir les marchés canadien, américain et international, établir le niveau de risque et rééquilibrer le portefeuille. Autrement dit, les produits peuvent être passifs, alors que la construction du portefeuille demeure une décision stratégique.

 

Gestion active ou passive : les principales différences
1. Les frais de gestion

Les frais représentent l’une des différences les plus importantes. Une stratégie active exige de la recherche, des analyses et une équipe de gestion, ce qui augmente généralement le coût du fonds. Certains fonds à gestion active peuvent afficher des frais de gestion de l’ordre de 1,5 % à 2 % selon le produit et le mode de distribution, tandis que plusieurs FNB indiciels sont offerts à une fraction de ce coût.

Cette différence peut sembler modeste sur une seule année, mais elle s’accumule avec le temps. À titre d’exemple, un écart annuel de 1 point de pourcentage sur un portefeuille de 100 000 $ représente 1 000 $ la première année seulement. Lorsque les frais réduisent également le capital qui aurait pu produire des rendements, leur effet composé devient important.

 

2. Le potentiel de rendement

Une gestion active peut surpasser son indice, particulièrement pendant certaines périodes ou dans des marchés où l’information est moins bien reflétée dans les prix. Toutefois, les rapports SPIVA de S&P Dow Jones Indices montrent régulièrement qu’une forte proportion de fonds actifs ne devance pas leur indice sur de longues périodes, surtout après les frais.

La gestion passive ne cherche pas à obtenir un rendement supérieur à l’indice. Elle vise plutôt à capter le rendement du marché de façon disciplinée et à faible coût. Son avantage est donc la prévisibilité de l’approche, et non la promesse de battre le marché.

 

3. La gestion du risque

Un gestionnaire actif peut réduire l’exposition à une entreprise, à un secteur ou à une région lorsqu’il juge le risque trop élevé. Il peut aussi orienter le portefeuille vers des titres considérés comme plus défensifs. Cette souplesse peut être utile, mais elle ne garantit pas une meilleure protection. Une décision défensive prise trop tôt peut aussi faire manquer une reprise du marché.

Un fonds passif demeure normalement investi selon les règles de son indice. Si l’indice recule, le fonds reculera lui aussi, à quelques écarts près. La protection contre les baisses provient alors surtout de la diversification globale du portefeuille, de sa répartition entre catégories d’actifs et de l’horizon de placement, plutôt que de la sélection tactique des titres.

 

4. La diversification

Les produits indiciels permettent souvent d’obtenir une diversification très large à faible coût, parfois à travers des centaines ou des milliers de titres. Cette diversification réduit l’effet qu’une seule entreprise peut avoir sur l’ensemble du portefeuille.

La gestion active peut aussi être bien diversifiée, mais certains fonds détiennent un nombre plus limité de titres afin que les meilleures convictions du gestionnaire aient un réel effet sur les résultats. Cette concentration augmente le potentiel d’écart, positif ou négatif, par rapport à l’indice.

5. La fiscalité et le taux de rotation

Dans un compte non enregistré, un nombre élevé de transactions peut entraîner plus fréquemment la réalisation de gains en capital ou la distribution de revenus imposables. Une stratégie passive affiche souvent un taux de rotation moins élevé, ce qui peut la rendre plus efficace sur le plan fiscal. La situation varie toutefois selon le fonds, sa structure et les opérations effectuées.

Dans un CELI ou un REER, les conséquences fiscales immédiates sont différentes de celles d’un compte non enregistré. Le choix du type de compte et l’emplacement de chaque placement devraient donc faire partie de la stratégie globale, idéalement avec l’aide d’un conseiller et, lorsque nécessaire, d’un fiscaliste.

 

Dans quelles situations la gestion active peut-elle être pertinente?

La gestion active peut convenir à l’investisseur qui souhaite déléguer la sélection des titres à une équipe spécialisée, qui accepte des frais plus élevés et qui comprend que la surperformance n’est pas garantie. Elle peut également être envisagée dans des segments plus difficiles à reproduire par un indice, notamment certains marchés émergents, les petites capitalisations, le crédit spécialisé ou des stratégies alternatives.

Elle peut aussi répondre à des besoins particuliers, par exemple l’intégration de critères précis, la recherche de revenus, la gestion de certaines contraintes ou l’accès à une stratégie qui ne se prête pas facilement à l’indexation. Dans tous les cas, il faut évaluer la méthode du gestionnaire, la constance de son processus, les frais, le risque pris et les résultats obtenus sur plusieurs cycles de marché, et non seulement le rendement de la dernière année.

 

Dans quelles situations la gestion passive peut-elle être pertinente?

La gestion passive peut être appropriée pour l’investisseur qui privilégie la simplicité, la transparence, une vaste diversification et des frais réduits. Elle convient souvent à une stratégie à long terme fondée sur des cotisations régulières et un rééquilibrage périodique, sans tenter de prévoir chaque mouvement du marché.

Elle peut également servir de base à un portefeuille, même lorsqu’une portion est confiée à des gestionnaires actifs. Cette combinaison, parfois appelée approche cœur-satellite, utilise des fonds indiciels diversifiés comme noyau du portefeuille et réserve une part plus limitée à des stratégies actives ciblées.

 

Comment choisir l’approche adaptée à votre profil?

Plutôt que de chercher une réponse universelle, posez-vous les questions suivantes :

  • Quel est mon horizon de placement et à quel moment aurai-je besoin de cet argent?
  • Quelle baisse temporaire suis-je réellement capable de tolérer sans abandonner ma stratégie?
  • Quel niveau de frais suis-je prêt à payer et quels services sont inclus?
  • Ai-je besoin d’un accompagnement régulier pour prendre des décisions et rester discipliné?
  • Est-ce que je comprends la méthode utilisée, les risques du produit et les raisons de sa présence dans mon portefeuille?
  • Le placement est-il détenu dans un CELI, un REER, un CELIAPP, un REEE ou un compte non enregistré?

Une bonne stratégie n’est pas nécessairement celle qui gagne le débat entre gestion active et gestion passive. C’est celle qui correspond à vos objectifs, qui maintient les frais à un niveau justifiable, qui répartit adéquatement les risques et que vous serez capable de conserver lorsque les marchés deviennent volatils.

 

L’essentiel à retenir

La gestion passive offre généralement une solution simple, diversifiée et peu coûteuse pour suivre les marchés. La gestion active offre davantage de souplesse et un potentiel de surperformance, mais elle entraîne habituellement des frais plus élevés et des résultats moins prévisibles. Les deux approches peuvent coexister dans un même portefeuille lorsque leur rôle est clairement défini.

Avant de choisir un fonds ou un FNB, comparez son objectif, son indice de référence, ses frais, son niveau de risque, sa diversification et son rendement à long terme. Surtout, évaluez le portefeuille dans son ensemble plutôt qu’un produit isolé.

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Sources

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