La vente de votre maison peut libérer l’une des sommes les plus importantes de votre vie. Faut-il la garder en liquidités, la placer ou l’utiliser pour vos projets? Voici une méthode simple pour protéger ce capital, limiter les décisions précipitées et soutenir votre niveau de vie pendant toute la retraite.
Vous venez de vendre votre maison. Que faire maintenant?
Après plusieurs décennies comme propriétaires, Michel et Nathalie vendent leur maison et reçoivent un peu plus de 400 000 $. Ils souhaitent être prudents. Ils déposent donc l’argent dans leur compte bancaire en se disant qu’ils décideront plus tard.
Cette réaction est compréhensible. Une somme importante peut donner l’impression qu’il faut choisir immédiatement entre tout investir et ne rien faire. En réalité, la meilleure première décision consiste souvent à établir un plan temporaire sécuritaire, puis à répartir le capital selon des objectifs précis.
Laisser l’ensemble de la somme sans stratégie pendant plusieurs années comporte aussi un risque. L’inflation réduit graduellement le pouvoir d’achat, tandis que les dépenses de logement, de santé, de loisirs et d’aide à domicile peuvent augmenter. Votre argent doit demeurer accessible, mais une partie peut aussi devoir produire des revenus et de la croissance.
Avant d’investir : sécuriser la transition
La période qui suit la vente n’est pas le moment de prendre une décision irréversible sous pression. Déposez temporairement l’argent dans une solution sécuritaire et liquide, puis prenez le temps de préciser votre prochain milieu de vie, vos dépenses et vos projets.
Au Canada, l’assurance-dépôts comporte des catégories et des limites. Une somme importante laissée dans un seul compte peut donc ne pas être entièrement couverte. Il est prudent de vérifier la protection applicable auprès de l’institution et de la Société d’assurance-dépôts du Canada, ou de l’Autorité des marchés financiers pour les institutions participantes au Québec.
Avant de placer le capital, réservez aussi les sommes nécessaires aux dépenses imminentes : déménagement, achat ou location d’une nouvelle résidence, rénovations, remboursement de dettes, frais professionnels et projets prévus à court terme.
Les erreurs les plus fréquentes après la vente
1. Tout laisser dans un compte bancaire pendant des années
Les liquidités procurent de la stabilité, mais un montant qui rapporte moins que l’inflation perd du pouvoir d’achat. À titre illustratif, si le coût de la vie augmentait de 2 % par année, 400 000 $ n’auraient plus qu’un pouvoir d’achat équivalant à environ 328 000 $ après dix ans. Ce calcul ne constitue pas une prévision, mais il montre pourquoi l’inaction prolongée mérite d’être planifiée.
2. Investir toute la somme trop rapidement
À l’inverse, placer immédiatement tout le produit de la vente peut créer un portefeuille mal adapté aux besoins de retraits. Une somme destinée au loyer des deux prochaines années ne devrait généralement pas être exposée au même niveau de fluctuation qu’un capital qui ne sera utilisé que dans quinze ans.
3. Prendre plus de risque pour rattraper le temps perdu
Après une longue période d’attente, certains retraités cherchent un rendement élevé pour compenser. Cette réaction peut exposer une part trop importante du patrimoine à une baisse au mauvais moment. Le niveau de risque devrait découler de votre capacité financière, de votre horizon et de votre tolérance aux fluctuations, et non du rendement que vous espérez obtenir rapidement.
4. Négliger les conséquences fiscales
La vente d’une résidence principale est généralement admissible à l’exemption pour résidence principale, mais la vente doit tout de même être déclarée dans la déclaration de revenus. Une résidence qui n’a pas été votre résidence principale pendant toutes les années de détention, qui a produit un revenu ou dont l’usage a changé peut nécessiter une analyse particulière.
Après la vente, les intérêts, dividendes et gains réalisés dans un compte non enregistré peuvent être imposables. Les retraits d’un REER ou d’un FERR sont également imposables et peuvent influencer certaines prestations fondées sur le revenu. La répartition entre CELI, comptes enregistrés et compte non enregistré doit donc être coordonnée avec le plan de décaissement.
Une méthode en quatre étapes pour répartir le capital
Étape 1 : calculer vos besoins réels de retraite
Dressez le portrait de vos revenus garantis, notamment le Régime de rentes du Québec, la pension de la Sécurité de la vieillesse, un régime de retraite d’employeur et toute rente. Comparez-les à vos dépenses essentielles et discrétionnaires. L’écart indique le revenu annuel que votre capital devra produire.
Ajoutez les dépenses ponctuelles des prochaines années : véhicule, voyages, déménagement, aide aux enfants, soins dentaires, adaptations du logement ou résidence pour aînés. Cette étape évite de placer à long terme une somme dont vous aurez bientôt besoin.
Étape 2 : créer une réserve de liquidités
Le coussin ne doit pas être déterminé par une règle unique. Une réserve couvrant environ 12 à 24 mois de retraits prévus peut convenir à certains retraités, tandis qu’une réserve plus importante peut être justifiée lorsque les revenus garantis sont faibles, que les dépenses sont imprévisibles ou que la tolérance aux baisses est limitée.
Cette réserve peut être répartie entre un compte d’épargne à intérêt élevé, des certificats de placement garanti dont les échéances sont échelonnées et d’autres solutions à court terme. L’objectif est de payer les dépenses sans devoir vendre des placements en baisse.
Étape 3 : investir selon le moment où l’argent sera utilisé
Une approche par horizons peut faciliter les décisions :
- Court terme : sommes nécessaires dans les prochaines années, conservées dans des instruments liquides et peu volatils.
- Moyen terme : obligations, CPG échelonnés ou portefeuille équilibré selon la capacité de risque.
- Long terme : portion diversifiée comprenant des actions afin de soutenir la croissance et de protéger partiellement le pouvoir d’achat contre l’inflation.
Le bon dosage n’est pas nécessairement un portefeuille standard 60 % actions et 40 % obligations. Il dépend de vos pensions, de vos dépenses, de votre âge, de votre santé, de votre horizon et de votre réaction aux baisses des marchés.
Étape 4 : coordonner placements et décaissements
La stratégie doit préciser quels comptes seront utilisés en premier, combien retirer chaque année et comment rééquilibrer le portefeuille. Par exemple, il peut être pertinent de cotiser au CELI lorsque des droits sont disponibles, mais une cotisation excédentaire entraîne une pénalité. Les retraits du CELI créent de nouveaux droits seulement l’année civile suivante.
Le REER doit généralement être converti au plus tard à la fin de l’année où son titulaire atteint 71 ans, notamment en FERR ou en rente. Les retraits minimums du FERR commencent ensuite l’année suivante. Une planification graduelle avant cette échéance peut parfois lisser le revenu imposable, mais elle doit être évaluée selon l’ensemble de la situation.
Transformer le capital en revenus durables
À la retraite, la priorité passe de l’accumulation au décaissement. La question n’est plus seulement de maximiser le rendement, mais de financer votre train de vie sans épuiser trop rapidement le capital.
Une stratégie durable combine généralement des revenus garantis, une réserve à court terme et un portefeuille diversifié. Elle prévoit aussi une marge pour l’inflation, les dépenses de santé, une éventuelle perte d’autonomie et une retraite qui pourrait durer plusieurs décennies.
Une mauvaise séquence de rendements peut fragiliser un portefeuille lorsque des retraits importants surviennent pendant une baisse. La réserve de liquidités, le rééquilibrage et l’ajustement temporaire de certaines dépenses discrétionnaires peuvent réduire ce risque.
Chaque retraité a besoin d’une stratégie différente
Deux personnes qui reçoivent chacune 400 000 $ après la vente de leur maison peuvent avoir besoin de solutions opposées. Une personne disposant d’une pension indexée suffisante peut investir une portion plus importante à long terme. Une autre, qui doit payer un loyer élevé à même ce capital, pourrait devoir privilégier davantage la stabilité et les liquidités.
La stratégie devrait tenir compte de votre âge, de votre santé, de vos revenus garantis, de vos projets, de votre tolérance au risque, de vos objectifs successoraux et du soutien financier que vous souhaitez offrir à vos proches. Elle devrait aussi être révisée lorsque votre logement, votre santé ou vos dépenses changent.
Les questions à régler avant de choisir un placement
- Où habiterez-vous et quel sera le coût annuel de votre logement?
- Quelle portion de la somme sera utilisée au cours des deux prochaines années?
- Quel revenu annuel manque-t-il après les pensions gouvernementales et privées?
- Quels droits de cotisation CELI et REER sont réellement disponibles?
- Quelle baisse temporaire pouvez-vous tolérer sans vendre sous l’effet du stress?
- Souhaitez-vous préserver un héritage ou utiliser progressivement le capital?
- Votre testament, votre mandat de protection et vos bénéficiaires sont-ils à jour?
La vente de votre maison ne représente pas seulement une transaction immobilière. Elle transforme un actif qui ne produisait pas nécessairement de revenu en capital disponible. Un plan clair permet de donner un rôle à chaque dollar : sécurité, dépenses à court terme, revenus futurs, croissance et succession.
Sources